RESSORTS est une aventure humaine artistique collective qui, pendant une année, réunit des habitants brestois, travailleurs sociaux et artistes. À partir d’ateliers hebdomadaires de formation de l’acteur encadrés par des professionnel.les, une quinzaine de participant·es y trouvent des « outils » nécessaires et une expérience pour reprendre confiance en elles/ eux. A l’issue d’un processus de création sur un temps long, l’objectif est de présenter un spectacle écrit pour l’occasion et s’inspirant des témoignages de chacun et chacune.

D’abord des groupes de parole. Puis des séances de pratique théâtrale. Et puis écrire pour des corps, des rythmes. Créer des personnages. Partir de nous et y mêler de la fiction. B. a un rythme, il articule chaque mot, cherche toujours à bien dire, à bien faire. Sur la scène, il devient le juge. Habité par l’étymologie. Il fait corps avec le verbe du personnage. Il est un rouage de l’histoire collective.
Un atelier de théâtre. Un exercice avec de la proximité physique. Une femme victime de violences pour qui le contact physique n’est pas possible. Nous sommes deux à nous rendre compte de son mal-être lié à cet exercice. On dépasse la consigne, nous créons un corps commun hérisson ; celui qui ne veut pas être touché.

Nous créons des seuils, des sas qui mènent au groupe. L’autre va-t-il me voir ? Va-t-il me regarder au-delà des apparences ? Puis-je risquer d’être vu ? Puis-je faire confiance ?

Lire ce texte. Lire ce texte devant le groupe. Dire ces paroles sur scène. Dépasser ce que je crois être mes limites, appréhender mon corps et découvrir ses potentialités. J’ai confiance, je peux expérimenter d’autres manières de me tenir, de m’allonger, de me rouler par terre, de marcher, de prendre la parole.
Lors d’un entretien, elle évoque cette maladie, ce corps contraint, ces médicaments. Au fil des séances qu’elle ne manque jamais, on la voit peu à peu apparaître. On écrit ensemble une lettre d’amour pour sa fille. Elle lui adresse très simplement devant 400 spectateurs.

Qui je suis sur ce plateau ? Qu’est-ce que je représente ? Qu’est-ce que je donne à voir ? Comme un va-et-vient permanent entre soi et le monde. Quels corps prennent les espaces ? Quels corps s’effacent ? Se cachent ? Quelles places ? Qui prend toute la place ? Qui apprend sa place ? Quels corps je fuis ? Quels corps m’attirent ? Le théâtre rend visible nos corps traversés par l’Histoire, par les rapports sociaux. La scène devient cet espace où la parole fragile trouve sa force, reconnue par le collectif. Le public soutient l’engagement, permet le passage du vécu individuel à l’expérience collective. Son regard révèle quelque chose, comme la photo argentique.

En quelques séances, le regard des autres sur moi semble modifié. Et je me regarde autrement. Je transforme l’image. Je passe de laid à beau. Je répète les choses pour habiter un corps qui était déjà là mais qui s’est dégradé, à force d’autres répétitions. D’abord, je dois accepter mes états intérieurs et ne pas les camoufler. Si je tente de tout maîtriser, je suis « coincé » dans ma peau. Puis je crée une « page blanche », une base sur laquelle l’expression peut venir s’inscrire. Et où je peux mettre certaines choses à distance.

Ensuite, le travail théâtral terminé, je reste au Maquis, dans ce lieu qui devient notre lieu. Je partage un repas, me mets à écrire un nouveau poème, je participe à une réunion de vie ou à un ménage collectif. Puis je me retrouve embarqué avec un groupe de personnes pour aller au cinéma, boire un verre au Happy café, manifester contre le fascisme. Et je reviens au Maquis pour un nouveau gueuleton, m’inscrire à une commission, participer à sa quotidienneté. Je me dis que j’ai bien fait d’y entrer ce jour-là.